Chapitre 1.
"Je ne suis pas triste. Mais il y a un vide à l'intérieur de moi, qui bat et coupe le souffle. Je suis absente à moi-même."
Vingt-neuf septembre.
Il doit avoisiner les 23 heures si l'on en croit l'horloge du hall d'entrée. La maison semble déserte. Certes, remplie d'innombrables meubles et objets de luxes achetés au cours de voyages multiples et déposés sur un meuble tout aussi cher au détour d'un couloir, mais vide de toute présence. Un fin rai de lumière s'enfuyant par l'entrebâillement d'une porte affirme cependant le contraire.
Elle est seule ce soir, pour ne pas changer. Une musique entrainante s'élève dans la pièce, le rythme se répand en elle au fil de la mélodie. Son bassin bouge lentement, il se calque sur le son qu'elle entend. Elle se laisse emporter progressivement et oublie un instant l'heure qui tourne et ses projets pour cette nuit. Elle se laisse tomber sur le matelas au centre de la chambre et envoie par la même occasion sa serviette au sol. Ses yeux parcourent la pièce tandis que, toujours en dansant, elle se dirige vers son immense dressing et les centaines de vêtements qu'il contient. Penderie qui témoigne à la fois de la richesse de sa famille comme de l'absence de celle-ci. Ses yeux se posent sur cet assortiment de lingerie, son préféré. Simple mais beau, en fine dentelle et sensuel. Parfait pour l'occasion. Elle l'enfile, laissant le tissu noir prendre place sur sa peau, et s'admire l'espace de quelques secondes dans le miroir face à elle. Il fera encore tourner la tête d'un homme chanceux ce soir, se dit-elle.
Elle fait volteface lorsqu'un léger raclement de gorge lui parvient et lui signale ainsi qu'elle n'est désormais plus seule. Un sourire se dessine sur ses lèvres alors qu'elle accourt vers le jeune homme adossé à la porte. Elle se jette à son cou, oubliant presque sa quasi nudité, et dépose au passage un bisou affectueux sur sa joue droite. De la gêne ? Entre eux, jamais. Le regard qu'il pose sur elle est différent de celui des autres. Elle baisse le volume pour se concentrer sur son ami, le détaille de haut en bas avant de lui adresser un sourire entendu.
Ils le savent, la soirée sera bonne. Probablement parce ce soir est un vendredi et qu'aucune obligation n'entrave leur journée du lendemain. Peut-être aussi parce que Paris s'éveille en cette fin de semaine. Et surtout, parce que peu importe le jour ou l'endroit, tant qu'ils sont ensemble ils ne peuvent que s'amuser et défier toujours plus les règles pourtant strictes et rigides de leurs vies dictées par d'autres.
Il s'installe sur le lit de la jeune fille sans dire un mot et la laisse finir de se préparer. Pourrait-on croire à cet instant qu'elle n'a que vingt ans ? Pourrait-on se l'imaginer alors qu'elle admire son reflet dans le miroir, vêtue de cette robe de créateur ?
Il l'observe du coin de l'œil, amusé de la voir subitement grandie de 10 centimètres après avoir enfilé une paire de talons aiguille probablement achetés dans l'après-midi au vu de la boite Jimmy Choo qui traîne au pied de son lit. La coupe de sa robe à sequins haute couture met en valeur à la fois sa taille de guêpe et sa poitrine avantageuse. Ses cheveux redressés en un chignon négligé laissent apparaitre son cou et dévoile par la même occasion une partie de son dos. Ses bas nylons noirs accentuent à la fois la finesse de ses jambes tout comme les reflets argentés de sa tenue. Et puis la longueur de la robe, calculée avec précision: au-dessus du genou, qui laisse entrevoir la naissance de ses cuisses, mais qui veille en même temps à ne pas dévoiler plus qu'il ne le faut. Classe mais aguicheur, sans pour autant verser dans la vulgarité. Elle maitrise tout cela à la perfection depuis le temps. Le milieu dans lequel elle évolue le lui a si bien appris.
Elle se dirige lentement vers le couloir et saisit au passage son sac avant de refermer la porte sur eux. Leurs pas résonnent bruyamment dans ce hall bien trop grand, et alors qu'il pénètre à l'intérieur de leur Über, elle s'empresse de le rejoindre après avoir salué le portier de l'immeuble.
Après avoir indiqué leur adresse pour la nuit à venir au chauffeur, il se tourne vers elle et brise le silence.
- Tu es bien silencieuse ce soir.
Elle hausse les épaules pour toute réponse.
- Je réfléchis.
- A quoi donc ?
- Savoir si j'ai prévu assez de capotes pour la soirée.
Elle lui lance un petit sourire complice, ne réfléchissant nullement au sens qu'on ces mots dans la bouche d'une fille de son milieu. Là est le jeu, défier les règles de cet univers si stricte et rigide. Car que sont-ils ? Des gosses de riches à qui on a trop donné ? Où des enfants de familles aisées qu'on a délaissés ?
- Tu sais bien que tu prévois toujours trop ma belle.
- Très drôle. Et je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça. Je ne suis pas une de tes conquêtes, mais bien la seule qui n'a pas atterri dans ton lit.
- Tu veux qu'on y remédie ?
- Putain Tom t'es con ou quoi ? Je ne peux même pas envisager l'idée, quelle horreur.
Elle feint le dégout et éclate finalement de rire, amusée.
- Je plaisante Sarah !
Il lui assène un léger coup de coude pour relever sa plaisanterie, puis poursuit.
- T'as des projets pour le week-end ?
- Mes parents reviennent dans la nuit, je dois les accompagner au brunch de dimanche, chez les de Saunay. Et toi ?
- Je vois ma meilleure amie demain après-midi.
Elle rit doucement, et continue d'admirer Paris qui s'éveille à travers la vitre pour détourner son attention du regard trop insistant du chauffeur dans le rétroviseur.
- Et tu comptais la mettre au courant ?
-Je viens de le faire.
Un large sourire s'étire sur les lèvres du jeune homme auquel elle répond sincèrement. Il est sans doute l'une des rares personnes avec laquelle ses réactions sont spontanées et authentiques.
La voiture les dépose à l'entrée de la boite de nuit. Elle sort rapidement, observe une dernière son reflet dans la vitre et se dirige vers la foule. Elle ne manque pas de lancer un regard dédaigneux à l'homme dans le véhicule, encore excédée de la façon qu'il a eue de la déshabiller du regard. Elle choisit où et quand elle désire être admirée, et non l'inverse.
Il la rejoint quelques secondes plus tard, saisit sa main et l'attire vers lui pour déposer ses lèvres sur son front, conscient de l'exaspération qui habite Sarah. Des centaines de personnes attendent en file devant la porte et patientent d'être admis dans cette boite de nuit branchée et huppée. Le place to be parisien depuis plusieurs mois.
Tom se faufile à travers la foule, Sarah derrière lui, et salue le videur qui leur indique que leur table habituelle est prête à les accueillir. Leur nom de famille ainsi que les innombrables soirées qu'ils ont déjà passées ici fait en sorte qu'ils s'avancent déjà vers le bar alors que fusent encore une ou deux insultes au loin.
Elle rejoint leur bande d'amis dans le carré VIP et saisit au vol la coupe de champagne que sa meilleure amie lui tend. Elle y trempe délicatement ses lèvres et se laisse emporter par l'ambiance électrisante de la boîte de nuit. Elle scrute la salle de longues minutes et observe attentivement chaque personne qui passe dans son champ de vision. Un raclement de gorge la ramène bientôt à la réalité. Elle tourne lentement la tête pour ancrer ses yeux dans ceux de Mia, sa meilleure amie. Un haussement de sourcils entendu lui suffit à deviner la perplexité de la blonde assise en face d'elle. Leur relation n'est en rien comparable à celle que Sarah entretient avec Tom. Même si elle aime profondément Mia, elle ne laisse que très rarement tomber complètement le masque avec elle.
- Tu es bien silencieuse ce soir.
- Vous vous êtes donné le mot ?
Elle passe outre l'agressivité de Sarah et passe à la question qui la taraude réellement.
- Tu étais malade que tu n'es pas venue en cours aujourd'hui ?
- J'étais fatiguée.
- Comme toujours. Tu vas avoir de sérieux problèmes Sarah si tu te fais choper et que tes parents découvrent que la fortune qu'ils dépensent tes études universitaires est un vrai gaspillage.
- Encore faudrait-il qu'ils s'intéressent à ma scolarité.
- Le jour où ils le feront tu seras bien emmerdée.
- Et ça, c'est mon problème. Lâche-moi, à ce que je sache je suis toujours dans les meilleurs de notre promo.
Elle jette un regard glacial à son amie, mais s'apaise instantanément au contact d'une main qui se pose sur son épaule. Il a toujours eu pour effet de la calmer et de la faire se sentir mieux. Il n'a pas eu besoin de plus de deux minutes pour s'apercevoir de la mauvaise humeur qui habite Sarah. Il est évidemment le seul à pouvoir s'en rendre compte. Il lui suffit d'observer la manière qu'elle a d'être nerveuse dans ses gestes, agressive dans ses mots ou perdue dans ses pensées. Elle s'empare du verre qu'il lui tend avant de dévaler rapidement les escaliers pour rejoindre la piste de danse.
Elle en a marre. Tout ce monde l'étouffe, et s'il y a bien une chose qu'elle ne supporte pas c'est de se sentir écrasée par une foule insignifiante. Elle rit intérieurement de toutes ces gamines qui croient se dandiner en rythme avec la musique et s'amuse encore plus lorsqu'elle les voit tenter vainement d'aguicher n'importe quel mec pourvu qu'il ait une bouche. Elle éclate de rire. Il est l'heure de se faire remarquer où elle va exploser. Elle se dirige vers le podium qu'elle escalade avec souplesse et ne tarde pas à se déhancher sur la musique qui l'entraine doucement. Elle balance la tête, dénouant son chignon de manière à faire virevolter ses cheveux tout autour d'elle. Effet escompté, les regards ne tardent pas à être braqués sur elle. Certaines la jalousent, tandis que la plupart s'imaginent déjà passer leurs mains sur son corps si svelte.
Elle jouit de cette exposition et des dizaines de sentiments qui traversent leurs yeux quand elle daigne poser son regard sur eux. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle se retrouve être le centre d'attention d'une centaine de personnes au moins. Elle mordille doucement sa lèvre inférieure tout en passant délicatement une main dans sa longue chevelure brune, consciente de l'effet que cela aura. Elle danse ainsi de longues minutes sans s'arrêter, satisfaite.
Elle sent la pression accumulée s'échapper de son corps à mesure qu'elle danse en rythme sur la musique. Les quelques adversaires qu'il lui restait sur ce podium battent en retraite pour la laisser gagnante sur son piédestal. Elle savoure ce moment où elle brille aux yeux du monde. Peut-être tous ces gens lui apportent-ils la considération que ses géniteurs ont cessé de lui accorder il y a bien longtemps? Elle refuse d'y penser pour l'instant. Elle fait volte-face pour rencontrer l'expression amusée de ses amis et lève joyeusement son verre dans leur direction. Elle aperçoit Tom descendre du carré VIP pour se diriger vers elle. Délicatement, elle quitte les hauteurs de son podium pour revenir à terre avec ceux qui n'ignorent désormais plus qu'elle fait partie des invités de la soirée. Mission accomplie.
- T'as encore fait fort !
Il éclate franchement de rire avant d'adresser un sourire charmeur à la blonde à sa droite.
- Oh, j'ai simplement dansé quelques minutes tu sais.
Elle lui adresse un clin d'œil et dépose son verre désormais vide sur le bar à côté d'elle.
- Sérieux Sarah, même moi je ne suis pas resté insensible à ton numéro de charme mal dissimulé.
- Tomi, c'est malsain d'avoir envie de sa petite sœur.
Elle arbore un air outré tout et commande un nouveau verre. Il s'allume une cigarette avant de lui en proposer une qu'elle accepte sans rechigner, bien évidemment.
- Jamais je ne pourrais avoir envie de toi, tu le sais très bien. Par contre, je crois que le type de l'autre côté du bar serait prêt à te sauter à même ce tabouret.
Elle éclate de rire avant de détailler l'homme en question.
- Et toi, tu as dégoté les futures proies de ton tableau de chasse ?
- Une petite blonde. Bien foutue, fausse timide qui cache un air farouche. Je sens que la nuit sera bonne.
Il la désigne discrètement du regard alors qu'elle lui fait les yeux doux, les joues légèrement rosies. Sarah écarquille les yeux de surprise.
- Elle ?! Tu n'as même pas encore posé les mains dessus qu'elle est déjà rouge tellement elle n'en peut plus.
- Ça promet d'être drôle.
- Ennuyeux surtout !
- Je transformerais n'importe quelle coincée en petite nympho. Et puis, tout le monde n'a pas besoin de se déhancher sur un podium pour se faire désirer Sarah.
Il lui embrasse délicatement la joue, amusé par sa mine vexée, avant de s'éloigner rejoindre sa conquête du jour. Elle ne supporte pas qu'il lui rappelle combien l'attention des autres lui est vitale, ça l'agace autant que ça la blesse. L'opinion de Tom est la seule qui compte à ses yeux.
Pour bon nombre de personnes, leur relation est tout aussi étrange qu'étonnante. Ils se ressemblent tant que l'idée qu'ils puissent former un couple a effleuré l'esprit de plus d'un individu. Cependant, si on prend le temps de les connaitre, on s'aperçoit rapidement qu'il n'a jamais été question de sexe entre eux. L'attirance est là, bien évidemment, car aucun d'eux ne peut nier le physique avantageux de l'autre, mais ils sont passés outre depuis bien longtemps. Coucher ensemble ne les intéresse pas, ils trouvent leur compte ailleurs. Dans le fond, il suffit juste de se dire qu'ils se ressemblent tellement qu'ils se sentiraient incomplets et vides l'un sans l'autre. Cela a le don de les réconforter quand eux aussi s'autorisent à y penser. Il lui donne l'attention et la protection que ses parents ne lui ont jamais accordées, se dit-elle. Elle est comme la sœur qu'il aurait rêvée d'avoir en plus de son frère, se dit-il. Il s'agit simplement de Tom et Sarah. Point barre.
Elle tire nerveusement sur sa cigarette et laisse s'échapper sensuellement la fumée d'entre ses lèvres. Elle considère peu discrètement l'homme qui la reluque depuis bientôt une heure. Il est beau, se dit-elle. Grand blond foncé aux yeux bleu clair, qui arbore une barbe de trois jours. Sûr de lui, charismatique, certainement plus âgé. Elle ancre son regard dans le sien et est directement déstabilisée par le charme qui se dégage de sa personne. Elle se lève, remet ses cheveux en place et se dirige vers cet inconnu de l'autre côté du bar. Une seconde leur suffit pour établir le contact. Dans le fond, c'est là l'unique but de ces soirées: se dégoter un partenaire pour la nuit et passer à autre chose dès que le soleil se lève. Il fait signe au serveur de leur apporter une bouteille de champagne et se présente enfin, souhaitant se débarrasser rapidement des politesses.
- Je me présente, Raphaël.
- Sarah.
- Merteuil ?
Elle fronce les sourcils, surprise et à la fois ravie d'être ainsi reconnue.
- Oui, mais comment sais-tu qui...
- Je sais qui fréquente ma boîte de nuit.
Il effectue son numéro de charme à la perfection, se délectant ainsi de sa réaction.
- Tu es le patron ?
- Patron, gérant ou manager, je te laisse choisir.
- C'est pourtant la première fois que je te vois.
- J'ai différents établissements. Je ne suis présent qu'aux plus gros évènements, pour m'assurer du bon déroulement de la soirée.
- Si je peux me permettre, depuis plus d'une heure tu regardes tout sauf l'ambiance de la salle.
Un léger sourire s'étire sur ses lèvres et lui indique qu'elle n'est pas dupe, mais que cela ne lui déplait pas pour autant.
- Il faut dire que tu es douée pour retenir l'attention.
- Il paraît.
Lentement, elle boit une gorgée de ce champagne millésimé et savoure l'effet que l'alcool à sur elle.
- Comment trouves-tu la soirée ?
- De mieux en mieux...
Sourire charmeur, effet escompté.
Elle se lève et dépose sa bouche au coin de la sienne avant de l'abandonner quelques minutes pour les toilettes. Elle se dirige vers l'espace en retrait et pénètre à l'intérieur, veillant à fermer à double tour derrière elle. Elle déverse le contenu de son sac sur le marbre noir du meuble qui décore la petite pièce. Elle croise son reflet dans le miroir, mais baisse instantanément le regard, comme pour éviter de croiser sa conscience et tout ce qu'elle lui renvoie.
Le petit sachet s'est écrasé non loin de l'évier, la poudre d'un blanc immaculé contraste avec le reste de la pièce. Elle attrape le sachet d'un geste nerveux et trace soigneusement deux fines lignes de poudre à l'aide de l'une de ses nombreuses cartes de crédit. Elle effectue ces gestes mécaniquement à force de les avoir répétés ces derniers mois. Elle laisse passer quelques minutes, le temps que la substance fasse effet et lui procure les sensations recherchées. Elle redresse enfin la tête et adresse un sourire maladroit à son reflet, balayant au passage les soupçons de raison et de culpabilité qui tentent de faire surface. Elle ramasse ses affaires éparpillées et prend soin de dissimuler la drogue dans le revers de son sac. Un dernier coup d'oeil dans le miroir pour vérifier son reflet, elle remet une mèche rebelle en place et quitte la pièce comme si de rien était. 'C'était la dernière fois'.
Une odeur nauséabonde baigne la pièce, signe que la nuit est déjà à un stade avancé. La musique lui agresse les oreilles à mesure qu'elle se fraye un passage pour rejoindre le bar. Personne. Ses yeux parcourent les alentours à sa recherche pour finalement l'apercevoir dans une alcôve. Une euphorie sans précédent parcourt ses veines et lui envoie une décharge d'adrénaline discrète, mais efficace. Elle chérit cette confiance en soi démesurée qu'elle ne ressent que dans ces instants. Elle perçoit son regard, qui la contemple et la déshabille sans aucune gêne. Elle prend place à côté de lui sur le petit fauteuil en cuir noir et boit cul sec la coupe de champagne qu'il lui tend. Peut-être a-t-elle envie de se saouler, aussi. Quitte à être défoncée, autant l'être complètement.
Elle perçoit son rire, mais n'y prête pas attention et amène la bouteille à ses lèvres. Elle plonge son regard dans le sien et boit doucement, sensuellement cet alcool qui lui brûle la gorge. Sa tête lui tourne, elle n'est bientôt plus maître de ses actes, guidée par les substances qui coulent dans ses veines.
Après avoir bu jusqu'à la dernière goutte de champagne, elle glisse félinement sur lui et écrase son corps contre le sien. L'alcool cogne violemment contre les parois de son cœur et de sa tête, et envoie par la même occasion se faire foutre les derniers soupçons d'hésitation encore présents. Il pose ses mains au creux de ses reins et joue de longues minutes avec le tissu soyeux de sa robe. Il se décide enfin et passe en dessous, rencontrant enfin la peau douce de ses cuisses et la dentelle de sa lingerie. Ses lèvres atterrissent sur son cou tandis qu'elle laisse échapper un soupir de bien-être. Elle se laisse aller entre ses mains expertes, choisit qu'aujourd'hui elle serait dominée et non dominante. Et alors qu'il échange leur position une dernière question lui traverse l'esprit.
- Au fait, tu as quel âge?
- Trente trois ans. Et toi ma belle ?
A l'entente de ce surnom elle frissonne. Où peut donc bien être Tom ?
- Vingt ans.
Ils n'échangeront aucun autre mot cette nuit, car le reste ne les intéresse pas. Ils coucheront ensemble trois fois; une fois sur ce fauteuil qui aura accueilli bien d'autres couples d'un soir avant et après eux, et deux autres fois dans le lit de Sarah. Peu importe la manière dont toute cette soirée se sera déroulée, qu'elle ait été défoncée, bourrée ou qu'elle se soit fait baiser, le plus important à ses yeux est qu'elle se sera amusée. Elle aura pris son pied comme jamais grâce à cet homme de treize ans son ainé. L'espace d'une nuit, elle aura eu la sensation d'exister aux yeux de quelqu'un. Leurs souffles se seront mêlés jusqu'à avoir l'impression de respirer le même air et leurs corps auront été bien plus proches qu'elle ne l'est avec n'importe qui d'autre. Elle n'a besoin de rien d'autre pour se sentir bien.
Ou presque.
_____
Lentement mais sûrement, je me ré approprie cette histoire et ses personnages.
Je relis, je corrige, j'efface, je modifie. Je donne à Sarah l'image que j'ai d'elle 10 ans après que mon imagination l'ait créée.
J'étais à Paris le week-end passé. Comme à chaque fois que j'y vais, depuis que cette histoire est née dans ma tête, je me suis prise au jeu de les imaginer à chaque coin de rue. Je m'imprègne de l'atmosphère de cette ville que j'aime tant, et j'emporte chaque détail avec moi pour le retranscrire un peu plus tard.
On est réellement 10 dans ma tête. Told you.
23h48. Une chose n'a pas changé en 10 ans: je suis définitivement plus inspirée la nuit. Tant pis pour mon sommeil.
Bonne nuit,
C.
Image: Pinterest.

Commentaires
Enregistrer un commentaire