Prologue.
"Ma vie est un désastre mais personne ne le voit car je suis très polie: je souris tout le temps." Frédéric Beigbeder
Elle s'appelle Sarah.
Un nom courant et commun, que ses parents ont probablement choisi par hasard. Juste parce que cela leur plaisait, que ça sonnait bien. Probablement parce que ce prénom, pour une fille de son rang, collait parfaitement. Ni trop original, ni trop banal. Sarah. Dans le fond, lui donner ce prénom doit être le seul geste d'amour qu'ils aient jamais fait pour leur fille en vingt années. Aujourd'hui, il n'en reste aucune trace si ce n'est une enveloppe déposée au bord d'une table en début de mois. Remplie de billets par dizaine. Débordant d'absence et d'indifférence. Elle ne s'en plaint pas.
Elle s'appelle Sarah et sa beauté, pour une jeune fille de seulement vingt ans, est à couper le souffle. Une beauté rare et pure qu'elle met en valeur d'une manière particulière. Certains la qualifient de vulgaire, d'autres d'originale. Une petite minorité se contente de l'observer sans émettre le moindre jugement. Mais ce qui compte, c'est que l'on parle d'elle. Alors que l'indifférence de ses géniteurs l'amuse, l'attention du reste du monde lui est indispensable. Peut-être comble-t-elle un manque, la pauvre petite fille. Elle s'en contrefiche, tant que les projecteurs restent braqués sur elle.
Elle s'appelle Sarah et est un objet de désir depuis quelques années déjà. Tous l'envient et la convoitent. Cette petite fille des beaux quartiers qui leur fait à tous tourner la tête. Tout en elle les émerveille: de son regard bleu électrique fardé de noir à sa bouche fine faisant la moue en passant par sa voix à la fois douce et arrogante, ses longs cheveux bruns, sa silhouette filiforme ou encore ses formes avantageuses. Tout chez elle attise la convoitise: de ses mains belles et fines, à sa taille mannequin en passant par sa classe et sa présence. Elle est ce genre de personne pour qui on s'arrête de parler lorsqu'elle pénètre dans une pièce, sans doute parce que les femmes sont trop occupées à jalouser son style ou envier sa beauté ; très certainement car les hommes sont trop occupés à admirer ses traits ou désirer le reste. Pour beaucoup, elle est un modèle de perfection. Polie et serviable, maitrisant à la perfection le langage aristocratique et les bonnes manières. Sachant quand rire, comment sourire, quel ton employer et quelles réactions provoquer. Mais tout cela est dû à sa bonne éducation, reçue selon les règles et donnée comme il se doit. Enfant modèle le jour, poupée de porcelaine la nuit. Car au fond, il est si facile de dissimuler l'hypocrisie derrière un sourire, beau mais factice. Il semble si aisé de faire comme si alors qu'on en a que faire des bonnes manières, du dernier gala de charité et du reste.
Elle s'appelle Sarah et appartient à la jeunesse dorée de Paris. Jeunesse souvent délaissée, désabusée et abandonnée. Une jeunesse qui nage dans l'argent, mais certainement pas dans le bonheur et qui compense par la connerie ce que de multiples parents n'ont pas le temps, ou l'envie peut-être, d'offrir. Chaque soir, tandis que les autres filles de son âge bien plus sages profitent de la douceur d'un foyer, elle fuit le sien à la recherche de toujours plus d'attention. Elle parcourt les lieux les plus branchés de la capitale en quête de cet éternel frisson. Alcool, drogue et sexe rythment chacune de ses soirées. Alors chaque nuit elle enfile une de ses innombrables robes qui lui enserrent habilement la taille, elle chausse cette paire de talons toujours plus haute, toujours plus belle et toujours plus chère. Chaque soir, elle couvre son visage d'un maquillage encore plus beau et sombre, mais tellement plus aguicheur et séducteur. Elle s'enferme dans un de ces clubs jusqu'aux petites heures à danser et charmer pour combler un manque profond qu'elle s'efforce d'ignorer.
Elle s'appelle Sarah. Il s'appelle Tom. Ensemble ils forment un binôme, l'un n'étant jamais loin de l'autre. Elle est lui, il est elle. Le seul à certainement pouvoir lire derrière le maquillage charbonneux qu'elle s'applique chaque jour avec soin. A eux deux ils forment un équilibre parfait, si difficile à atteindre. Probablement le seul vrai ami qu'elle ait, le meilleur. Il est comme son reflet dans un miroir. Le seul à ne pas l'avoir encore déshabillée.
Elle s'appelle Sarah, et les sentiments ne font pas partie de son monde. Elle baise, sans jamais aimer. Elle couche, mais ne s'attarde jamais trop longtemps sur le visage de celui qu'elle a dans son lit. Ils n'en ont que faire de toute façon, tant qu'ils goutent à ses draps ne serait-ce qu'une fois.
Et le pire dans tout ça, c'est qu'elle prétend être heureuse. Sarah.
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Il est de ces idées qui germent dans votre esprit, et qui y restent ancrées pendant des années. Une décennie même.
C'est ce qu'il s'est passé pour l'histoire de Sarah. J'ai écrit ce prologue il y a 10 ans, au cours de ma troisième année de droit. Les mots ont jailli de ma tête un samedi après-midi, entre deux pages à étudier. J'ai passé les mois qui ont suivis à écrire le début de son histoire, avec le recul d'une fille de 20 ans.
Et puis... et puis la vie, l'inspiration qui s'envole et la page blanche pendant des années. Sarah, ses amis, son univers tout entier ont cependant continué à vivre dans ma tête, et je me suis promis d'un jour reprendre là où je m'étais arrêtée.
10 - putains - d'années plus tard, me revoilà. Je relis, je reformule, j'apporte à cette histoire le regard d'une personne de 30 ans.
J'ai posté pendant des années mes écrits sur différentes plateformes, en anonyme, et j'y ai même rencontré un certain succès. Back then. Aujourd'hui, c'est très timidement que je publie cette histoire.
Nous y voilà. Toi, personne qui me lit, j'espère que ces quelques premières lignes te donneront l'envie d'en découvrir davantage sur cette parisienne caractérielle qui vit dans mon imagination depuis tout ce temps.
A très vite?
Merci,
C.

Prologue très prometteur. Hâte de découvrir la suite et d'en savoir plus sur la personnalité de Sarah.
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